Démarche Artistique 2.jpg

Poussières de rêves (exposition au Stud10 Paris - mars 2021)

17 : 11 : 34
17 : 11 : 35
17 : 11 : 36
17 : 11 : 37
17 : 11 : 38

Les secondes s’écoulent en cascade de rêves, poussières d’image échouées sur le rivage.

Que reste-t-il de nos rêves, au matin levé ? Une vague idée, parfois. Quelques images, une impression. Fantasmes inavoués, ou peurs refoulées. Bien souvent rien, de conscient tout du moins.

   Où sont-elles parties les images ?
   Où repose-t-elle, la poussière de nos rêves consumés ?

À la manière des poètes et artistes surréalistes – pensons à Breton, Leiris, Artaud, Aragon, Eluard et tous les autres – Gérald Foltête prend note de ses rêves. À la manière des surréalistes, il n’y cherche nulle interprétation. Il retranscrit. Recueille la poussière au creux de sa main. Avant qu’elle ne s’évanouisse.  
   Retranscrire. Voilà un mot qu’il connaît bien, lui qui patiemment, sur des toiles monumentales, a durant nombre d’années recopié les ouvrages qui peuplent son quotidien. Une lettre après l’autre. C’est une façon de s’approprier le texte, de l’incorporer finalement – lui donner corps.
   Mais ici, ce sont ses propres rêves qu’il inscrit sur le papier. Ses rêves, qui prennent forme et nous sont donnés à voir. Ils s’étendent là, morcelés – le rêve n’est pas narration linéaire – et collés par fragments sur des lignes de notes fantasmées, partitions automatiques pourrions-nous dire ? La chose est tentante.
   Au travers du papier japon, le rêve qui s’écrit laisse des traces, que Gérald Foltête recueille et dont il tire une autre série : poussières de rêves. Sur cette poussière, il vient égrainer le temps, comme s’il venait documenter la trace, lui donner un contexte – à la manière d’un archéologue.
   Qu’est-ce que le temps du rêve ? Cette question, Gérald Foltête l’aborde dans Aurores et crépuscules. Le temps s’y écoule sans être une durée – ou du moins sans durer dans le temps. Fragmentaire. C’est cela le temps du rêve. Un ensemble de fragments assemblés, de secondes disjointes mises bout à bout, d’histoires morcelées qui semblent rapprochées par le hasard… ou bien serait-ce autre chose ?

Au cœur de cette exposition, Gérald Foltête met sa pratique artistique de la retranscription – une manière d’interroger le temps et la corporalité du langage – au service d’une quête, à la recherche de nos poussières de rêves, et de nos libertés oubliées.

Grégoire Prangé

Gérald Foltete

En une poétique du noir et blanc infiniment passionnée, le travail de plasticien de Gérald Foltête est guidé par un sens graphique particulièrement pertinent et inventif. Il décline son art avec cohérence, même s'il n'hésite pas à le remettre en jeu au travers de différentes écritures, la photographie, la sculpture, l’installation... Et cependant tout se tient dans cette orchestration, à l'intérieur de laquelle Gérald Foltête fait entendre une singularité affirmée et plurielle, rigoureuse et débridée, sobre et rêveuse  à la fois...
Il y a chez lui, un goût, un besoin, une apparente obsession, une fascination, pour la répétition, pour la déclinaison ; établir des ponts à l'infini, tisser des suites de liens invisibles ...

Gérald Foltête écrit des textes sur ses toiles, textes empruntés à d'immenses auteurs, c'est comme une nécessité de les donner à voir au-delà du sens, de les donner à lire autrement, comme pour exprimer ce besoin de rentrer physiquement dans l'écriture, à l'intérieur des phrases. Gérald Foltête fait de la besogneuse punition scolaire du recopiage, une sorte de transe amoureuse, transe graphique, fleuve qui lui permet de rentrer dans le rythme du texte, le cœur battant des mots et d'en étendre la dimension physique. Une lecture à l'épreuve de la main, une démarche qui défie le temps... Obstination contre obstination, comme s'il était possible de dresser des murs de signes contre cette gangrène qui dévore tout sur son passage. La répétition des gestes contre la barbarie ordinaire du temps ?


 

Gérald Foltête sait aussi mettre en scène des installations où le corps, silhouette intemporelle, traverse les paysages, les matières, les signes, les usages. Rituel où la divinité humaine, souvent féminine, s'accorde aux abstractions graphiques, s'y inscrit, y devient centre comme jamais. Comme si l'humaine présence s'imposait à l'univers mental de l'artiste, aussi libre de s'abstraire que de figurer.... de variations en variations.


L'imaginaire mis en boîtes, cubes rigoureux où s'inscrivent des «scénographies» de mondes parallèles, blocs d'imaginaire arrachés au néant, aux rêves ? Opéras, créations théâtrales en projet ? Comme si la scénographie précédait les mots, en puits d'inspiration sans fond. Des cubes qui se renouvellent graphiquement avec une invention d'une réjouissante beauté ; série, elle semble sans limite. 
On imagine voir des corps se mêler à ces propositions, on imagine voir se développer de telles compositions dans de plus vastes cubes, plus vastes espaces encore...

Oui, on devrait exposer (de toute urgence) Gérald Foltête au Grand Palais, il y aurait sa place ; certaines de ses œuvres pourraient y être libérées dans l'espace, à grande échelle, et nous pourrions les parcourir, les traverser, se laisser traverser par elles...


Une telle exposition nous montrerait d'évidence la dimension réelle du travail de Gérald Foltête : rare et talentueux scénographe de l'imaginaire. 


 

Jacques Dor

La Couleur de l’Infini

Pour croquer le portrait d’un artiste authentique comme Gérald Foltête, dans le respect de son originalité artistique et de son mystère créatif, nous pouvons suggérer de revenir à ses sources, à son enfance vivace, à sa galaxie, à l’origine de son monde.

Né à Besançon le 27 mai 1966 dans la région du poète romantique Charles Nodier, du géant Victor Hugo, des grands frères Lumière, Foltête nourrit sa sensibilité dans cette ville, au pied des montagnes arrondies du Jura. Les courbes de niveau des cartes d’état major forgent la mémoire du marcheur, aiguisent sa perception de l’horizon et du plan vertical. L’artiste en herbe de 12 ans d’âge, à quelques pas d’Ornans, retrouve les traces de Gustave Courbet et découvre l’ivresse de la peinture.

 

La mélancolie blanche et joyeuse des Hautes Alpes le saisit. Les roches se colorent en noir d’ivoire, surgissent de la matière brute de la toile, restituent ces instants lumineux d’alpinisme. La musique réveille ses sens, le cinéma l’appelle dans ses images mobiles et nourrit le dynamisme de ses créations cinétiques. Les variations multiples du noir et blanc s’invitent sur ses toiles. Foltête a pris son nom au pied de la lettre. Son fol imaginaire s’avance sans idée préconçue. L’hélice du désir le guide dans le déséquilibre de ses compositions emportées dans l’infini de l’espace. Des femmes de belle époque, dans leur nudité stylisée, s’avancent en funambule dans des paysages mystérieux, aériens et maritimes, de bleu d’outremer et d’autres mondes.

 

Foltête, c’est un plasticien du sensible qui calligraphie ses lectures. Des textes nécessaires se verticalisent en écriture minuscule sur une unique toile. Les livres de Zweig, Gogol, Dostoïevski, Brautigan, Victor Hugo…, se calligraphient en intégral sur des toiles parchemin. La coulure de l’encre s’affiche, la rature s’impose, la tâche se révèle. L’œuvre picturale donne corps au manuscrit et l’inscrit dans un paysage unifié.

 

Une création n’est jamais close tant que le regard, la parole, l’interpellent, la font vivre et se mouvoir. Le riche imaginaire de Foltête vibre à la plus petite injonction, son érotisme aérien est d’une tendre impertinence. C’est en peignant, sculptant, transcrivant que l’artiste Gérald Foltête nous invite au voyage du regard mobile, à la quête de notre infini intime dans ce cosmos de l’humain. L’artiste nous suggère de dépasser nos limites. Rencontrer ce poète de l’espace-temps, c’est s’aventurer au plus près de notre vibration sincère de l’instant.

Michel Crance

Mon travail oscille entre les deux infinis. Je m’intéresse aux extrêmes et recherche le fragile équilibre entre les deux. Passionné par la nature humaine, les notions de libre arbitre, de justice, de droits ; j’oriente mon travail autour de ces thèmes.

 

Pour partie, je me rapproche de grands auteurs de la littérature moderne et contemporaine qui ont été préoccupés par les mêmes sujets. En retranscrivant certains de leurs écrits intégralement, j’arrive à mieux éprouver leur solitude et leurs tourments. La somme des matériaux et de l’intelligence disponibles dans la «grande littérature» constitue une richesse formidable sur laquelle je m’appuie, entre autres, pour développer des concepts plastiques reflétants des pensées, parfois originales, qui encouragent le questionnement et la réflexion du regardeur.

 

À travers ces exemples, ce sont les recherches sur la complexité de la nature humaine dans son ensemble qui rythme mes journées et mes travaux. Parfois, cet exercice solitaire induit une extase, une mélancolie dans le sens défini par Victor Hugo « la mélancolie, c’est le bonheur d’être triste ».

 

C’est aussi un portail vers mon « non-conscient » un peu de la même façon que peut l’être le rêve ou la méditation. Peuvent se dégager ainsi des substances utiles à l’élaboration de mes concepts, que j’utilise parfois pour réaliser mes œuvres.

 

Je ne me suis jamais vraiment attaché à suivre un mode d’expression particulier ni favoriser une technique ou un médium spécifique. Ainsi, quelle que soit la forme (installation, photographie, aplat ou autres) je mets en scène des sujets, des concepts et des univers auxquels je suis particulièrement sensible. Souvent, je m’exprime en créant des microcosmes qui, par la stricte délimitation de leur espace, engagent l’observateur à approfondir sa réflexion.

Lorsque je traite de sujets graves, de problématiques humaines ou de phénomènes sociétaux, je m’efforce de produire une émotion poétique. Il me semble que l’art contemporain s’épuise parfois un peu trop dans l’explication de son geste et du signifié qu’il poursuit. Je cherche de mon côté, à ne jamais sacrifier la dimension esthétique et poétique de l’œuvre au profit du concept et réciproquement.

Mes productions sont souvent articulées autour d’un triangle équilatéral dont les sommets sont : 1. La réflexion et le concept ; 2.  L’esthétisme et la poésie. 3. La préoccupation éthique, sociale et politique.

 

Friedensreich Hundertwasser a dit : « rêver seul, ce n’est qu’un rêve. Rêver ensemble, c’est le début d’une réalité ! ». Mon ambition est de donner réalité à un rêve commun, rassembler autour de l’expression plastique et intellectuelle que je propose de ce rêve.

Gérald Foltête